Le Grand Chêne est mort…

Aujourd’hui, le Grand Chêne se meurt. Il meurt impuissant mais fier, parmi les siens, dominant cette forêt de Fontainebleau qui l’a vu naître il y a un siècle déjà – ou peut-être deux. Il meurt entouré de ses compagnons : pins sylvestres et bouleaux, lézards et vers de terre, fougères et bruyères, écureuils et mésanges. Sous l’assaut de flammes assassines, ses racines se consument, ses branches s’embrasent, son écorce brûle.

Il gémit, inquiet pour ceux qu’il a longtemps protégés ou abrités. Qui nourrira de ses glands les geais, les sangliers ? Qui tendra ses feuilles aux chenilles et papillons qui auront survécu au désastre ?

Il pleure, désespéré de périr par la faute de quelques hommes fous ou simplement inconscients.

Tandis que son tronc se calcine, les souvenirs heureux affluent…

Dans le silence assourdissant qui a gagné les bois, la musique de la forêt lui revient en mémoire : le brame du cerf, le hululement de la chouette, le coassement de la grenouille dans la mare aux pigeons, le bourdonnement des abeilles, le chant du coucou...

Il pense à tous ceux qui l’ont chéri. Ces promeneurs et amoureux de la nature, à qui il a offert un havre de tranquillité, à l’ombre de ses ramures. Déjà, il regrette le rire des enfants, les pique-niques à vélo, les cueilleurs de champignons ou de mûres sauvages, les grimpeurs venus de toute l’Europe, les coureurs des 25 ou 36 bosses, les sportifs amateurs de sieste tendant leur hamac autour de son tronc solide.

Il songe à cette petite fille qui l’a tant aimé. Accompagnée de son grand frère, elle bravait la forêt obscure avec une lampe de poche pour décrocher « une étoile de la nuit » ; avec ses parents, elle faisait de l’escalade et de longues balades ; avec ses amis, elle dévalait la Roche qui Glisse et jouait au base-ball dans les sables du Cul de chien. Devenue adulte, elle a fait découvrir les Trois Pignons à l’homme de sa vie. Elle lui a montré les sentiers, les rochers, la lumière sublime qui traverse les feuillages. C’est là, dans cette forêt unique, qu’il l’a demandée en mariage, c’est là qu’ils se dit « oui », c’est là qu’ils élèvent leurs enfants.

Les enfants, c’est à eux que le Grand Chêne veut penser au moment où il se réduit en cendres. Car ils sont l’avenir.

Aujourd’hui le Grand Chêne est mort.

Et demain ?

Préservons notre forêt. Préservons notre planète et l'avenir de nos enfants.

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